02.06.2005
Le Temps de l'Aliénation
18h, le volume de la télé du séjour est au maximum, une jeune femme, bien maquillée, bien habillée arborant un look BCBG présente les infos...A première vue, il s'agit d'une speakerine italienne, mais quand on cherche à savoir de quelle chaîne il s'agit, c'est bien Al-Jazeera une chaîne purement arabe. Implantée au Qatar, un pays jusque-là méconnu, qui fait son ascension avec celle de la chaîne de télévision. Beaucoup d'efforts sont déployés dans les graphismes, les spots, la musique et la conception des titres de la une…tout cela pour percuter l'esprit du téléspectateur et l'affecter avec des images horrifiantes de mutilés de guerre et de victimes d'attentats à la bombe. Une chaîne qui a pris pour sa mission divine l'aliénation des téléspectateurs et leur participation dans la vague de fanatisme qui s'est répandue ces derniers temps. Le téléspectateur arabe n'a jamais eu l'occasion de s'exprimer ni de parler librement, ou de penser librement. Al-Jazeera représente une aubaine pour ces détenus de l'étroitesse de leur cerveau...et tout bon à rien qui vient clamer la justesse de sa pensée est pris pour un dieu.
Prenons l'exemple de la guerre de l'Irak et sa couverture dans la chaîne arabe. Toutes les images les plus horribles ont été diffusées et rediffusées à maintes reprises jusqu'à ce que le téléspectateur ait pu sentir l'horreur de la guerre, et soit dégoûté des américains...mais que sait-il de la guerre du Golfe, de la politique de Bush ou encore celle de Saddam, que dalle! et de là à se demander si ce médium fait son rôle principal comme le définirait Larousse. L'information n'est pas relatée innocemment, mais elle subit maintes modifications qui la rendent difforme en fin de compte. Il s'agit tout simplement d'un outil de contrôle des masses populaires, sans avis, qui cherchent à se forger une position par rapport aux événements internationaux.
Venons-en au Maroc où les médias sont en phase de mutation et de recherche de reconnaissance nationale de la part des intellectuels du pays. Il serait mentir que de dire que les médias représentent le quatrième pouvoir au Maroc, cette échelle internationale subit quelques importantes anomalies...la séparation des pouvoirs reste le mal du pays. Les trois grandes lignes qui puissent guider le développement et l'évolution des médias seraient incontestablement: la situation politique du pays, les moyens matériels et l'audience. Si on veut traiter la situation au Maroc, on commencera pas l'audience; 60% de la population marocaine est illettrée, donc le choix du contexte reste un peu suspicieux. D'un autre côté, la situation politique n'est pas des meilleures, et ne mène en aucun cas à une évolution positive des médias au Maroc. Le but des partis politiques se limite à une lutte d'intérêts que seuls les impliqués comprennent. D'autant plus que les médias au Maroc ont toujours souffert de la suprématie de l'état qui a imposé des lois et des règles à ne pas transgresser. Mais quand il advient que l'état donne 50 millions de dirhams pendant les assises de Skhirat (Mars 2005) afin d'aider la presse écrite à sortir de son cocon...en fait l'accord reste flou dans la mesure où l'état censure d'un côté et aide financièrement de l'autre côté.
Avec l'avènement de la "presse indépendante" au Maroc, une nouvelle ère a débuté. Les sujets tabous sont moindres, les critiques sont tolérées et la dénonciation des noms aussi. Reste à savoir que les censeurs ne chôment pas, car malgré le relâchement des autorités répressives, celles-ci restent aux aguets et traquent toute information qui puisse troubler la stabilité du pays. Quand les journalistes chargés de missions se voient confrontés aux affres de la censure...la question reste toujours posé: Où doit s'arrêter la mission du journaliste afin d'être remplacée par celle du censeur?
Hind El Gaidi
22:00 Publié dans Ca se passe au Maroc...et Ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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